mercredi, 14 janvier 2009
Déclin de la biodiversité, déclin de l'humanité?

2009 a été déclarée "Année du Gorille". Mais est-il vraiment judicieux de mettre ainsi une seule espèce phare en avant, quand la notion de biodiversité symbolise d'emblée, pour la plupart d'entre nous, des mammifères en voie d'extinction? Or, le monde vivant n'est pas juste constitué de beaux animaux emblématiques. C'est un maillage d'écosystèmes aux rôles primordiaux pour nous assurer une bonne qualité de vie.
Cet article a été publié dans le cadre de "l'Odyssée de l'info" organisée par l'Express la semaine dernière. Pour son numéro 3001, l'hebdomadaire avait demandé à une quarantaine de blogueurs dont j'ai eu la chance de faire partie, de participer à sa fabrication en contribuant à la publication d'articles sur la version en ligne de l'Express.
Crédit photo: IFAW - Garde jouant avec un Gorille, Wildlife Aid Fund Mefou National Park, Cameroune.
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mardi, 06 janvier 2009
Des ruches sur le toit de votre entreprise?
Et si votre entreprise accueillait une ruche sur son toit? Il ne resterait plus qu'à récolter le miel pour le petit-déjeuner (à moins qu'une âme dévouée ne fasse des cookies au miel pour accompagner la pause café). Cette idée, qui peut paraître un peu folle, a été proposée par l'Union Nationale de l'Apiculture Française (UNAF) dans le cadre du programme national "L'abeille, sentinelle de l'environnement".
En effet, depuis plusieurs années, les effectifs d'abeilles sont en chute libre dans toute l'Europe, avec 30 à 40 % des populations décimées ces dix dernières années. Rien qu'en 2007, le taux de ruches abandonnées ou presque désertées atteignait 70 %, voire 80 % dans les régions et pays les plus touchés. Les causes évoquées sont diverses: changement climatique et pesticides sont en ligne de mire (dont plusieurs produits phytosanitaires de la firme Monsanto, Roundup en tête), mais également les virus, parasites, OGM et invasion du frelon chinois (prédateur des abeilles).
Or, l'abeille reste le principal insecte pollinisateur qui contribue à la reproduction d'environ 80% des plantes de notre planète dont une grande partie des 3/4 de notre alimentation (fruits, légumes, oléagineux, etc...) qui dépend d'insectes pollinisateurs.
Pour tâcher d'enrayer cette disparition catastrophique, l'UNAF invite donc les collectivités et entreprises à accueillir des ruches sur leur toit ou dans les espaces verts pour sensibiliser le public. L'idée n'est pas nouvelle puisque l'Opéra Garnier, à Paris, héberge six ruches depuis 1985 dont chacune produit jusqu'à 100 kilos de miel vendus à la boutique de l'Opéra.
Plusieurs villes sont partenaires du programme. Dans ce cadre, la ville de Lille a ainsi installé une trentaine de ruches disséminées dans les quartiers lillois avec une première très belle récolte fin septembre qui a prouvé que les abeilles s'étaient parfaitement acclimatées à leur nouvel environnement.
A notre échelle de citoyen, sachez que l'UNAF a également lancé une pétition pour protéger les abeilles: voir la pétition en ligne.
Sources:
- Présentation du programme "L'abeille, sentinelle de l'environnement", site de l'UNAF
- "Le monde selon Monsanto", documentaire réalisé par Marie-Monique Robin diffusé sur Arte le 11 mars 2008 (disponible en DVD et VOD)
- "L’impact des pollinisateurs sur la production des cultures", article de l'INRA (24 oct. 06)
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lundi, 03 novembre 2008
Les cirques avec animaux désormais interdits à Montreuil

La Mairie de Montreuil (Seine Saint Denis) vient d’interdire les cirques avec animaux sur sa commune, invoquant l'article 211 du code rural qui donne aux maires le pouvoir de prendre des mesures de nature à prévenir les risques pour la sécurité des personnes que peut présenter sur les territoires de sa commune la présence d'animaux dangereux. C'est la 4ème commune à refuser ce type de spectacle (après Illkirch dans le Bas-Rhin en octobre 2006, Bessancourt dans le Val d'Oise en mai 2007 et Fontenay-sous-bois dans le Val de Marne). Cette initiative un peu plus médiatisée remet à nouveau en question la présence de nombreux animaux – dont des grandes espèces non domestiquées – dans les cirques.
Je n’ai jamais compris le plaisir qu’on pouvait tirer à la vue d’un tigre, éléphant, ours… réduits à l’état d’esclaves sous le fouet du dresseur qui leur inculque des gestes aussi imbéciles… sous le regard gaga des spectateurs. Sans doute ai-je eu la chance de recevoir une éducation parentale respectueuse de l’animal qui m’a appris dès mon plus jeune âge à exécrer ce genre de pratiques.
Et les dresseurs osent parler d’amour des bêtes, tandis que leurs animaux sont coincés dans des cages microscopiques en développant des mouvements stéréotypés (ex. un ours tourne en rond, lève brusquement la tête, pivote et recommence), signes d’un stress intense qui peuvent être apparentés aux TOC (trouble obsessionnel compulsif) des humains.
L’association Onevoice a récemment publié un rapport qui détaille les différences pour chaque animal entre la vie sauvage et la vie dans les cirques. Bien que nombre d’animaux de cirque soient nés en captivité, cela ne justifie en rien de caser des animaux non domestiqués dans des cellules de 4m², de les fouetter (et torturer) et d’instaurer un climat perpétuel de peur pour les "dresser". Dommage que les esprits choqués de voir 4 détenus dans une cellule de 9m² trouvent cette surface parfaitement acceptable pour des animaux plus gros dont la notion de territoire s'étend généralement sur des dizaines de km²...
Malheureusement, il n’existe pas de Directive Européenne sur les animaux dans les cirques et la France accuse un sérieux retard par rapport à ses voisins, qui interdisent la plupart des animaux sauvages dans les cirques (Danemark, Finlande, Royaume Uni, Suède, Autriche) ou encadrent leurs conditions de détention (Belgique) – l’Allemagne est en bonne voie.
Mais il existe une solution toute simple : boycotter ces cirques et montrer aux spectateurs potentiels la face cachée de ces prisons pour les décourager. Je compte sur vous.
Sources :
- Association Stéphane Lamart : www.associationstephanelamart.com
- "Les Animaux malades du cirque ou l'esclavage itinérant", rapport de One Voice (mars 2002)
- "Villes pour des cirques sans animaux", site web Code Animal, édité par l'association Zyzomys
- Crédit photo : © Pamela Carzon – qui a créé l’association "Nomades des Océans" et qui dénonce régulièrement les mauvaises conditions de détentions d’animaux en captivité, notamment les cétacés.
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vendredi, 17 octobre 2008
Sauver les banques coûte plus cher que sauver la planète
En 3 jours, les pays les plus riches du monde viennent d'accorder un total de 1900 milliards d'euros (minimum) en soutien aux secteurs bancaires: 1700 milliards dans l'Union Européenne, 187 milliards d'euros que l'Etat américain prévoit d'injecter dans les banques US en échange d'actions préférentielles et 14 milliards au Japon pour financer des mesures d'urgence. Pour l'Europe, ce sont:
- 320 milliards en France
- 480 milliards en Allemagne
- 200 milliards aux Pays-Bas
- 100 milliards en Espagne
- au moins 47 au Royaume Uni
En mars dernier, l'OCDE (Organisation de Coopération et de Céveloppement Economiques) publiait le rapport "Perspectives de l'environnement à l'horizon 2030" démontrant que certains des enjeux environnementaux pourraient être pris en charge pour un coût représentant 1% du PIB mondial (produit intérieur brut) en 2030 (baisse annuelle de 0,03 % à partir de 2008), entraînant une réduction des oxydes d'azote et de souffre d'un tiers et une croissance des émissions de gaz à effet de serre de 13% au lieu de 37%.
Et combien vaut le PIB mondial? En 2007, il est évalué à 40.432 milliards d'euros par la Banque Mondial (48.690 milliards par la CIA). Donc, 1% du PIB équivaut à 404 milliards d'euros.
Oh et... quel est le budget nécessaire pour sauver les dernières populations de grands singes menacés d'extinction qui vivent dans les forêts et les habitats boisés de 23 pays d’Afrique et d’Asie? 22,6 millions d'euros. Il n'y a pas d'erreur (source Unesco/GRASP/PNUE - Le document référencé ci-dessous détaille l'ensemble des coûts aboutissant à ce chiffre). Au passage, sauver les grands singes, c'est sauver tout les écosystèmes inféodés, vitaux pour la survie des habitants locaux, la régulation du climat...
Il y a bien d'autres programmes à grande envergure de ce genre... Rien qu'avec les 1500 milliards restant (je retire le 1% du PIB), cela permettrait de financer près de 67.000 projets de ce genre. Largement de quoi enrayer la pauvreté dans le monde, protéger efficacement et durablement les écosystèmes, réduire drastiquement nos émissions de carbone...
C'est la 1ère fois que je vais être vulgaire sur ce blog.... MAIS MERDE... QUE FOUTENT LES BANQUES AVEC 1900 MILLIARDS D'EUROS???
PS. Je rappelle au passage que le rapport STERN a évalué le coût de l'inaction pour lutter contre le changement climatique à 5500 milliards d'euros (voir l'article du blog consacré)
Sources:
- "1700 milliards d'euros en soutien aux secteurs bancaires européens", RFI (14 oct. 2008)
- "L'État fédéral va participer au capital de grandes banques américaines", Site du gouvernement américain (15 oct. 2005)
- "Budget de relance", Le Point (16 oct. 2008)
- "Perspectives de l'environnement à l'horizon 2030", Synthèse en français du rapport de l'OCDE (document en pdf)
- GDP 2007, Banque Mondial (document en pdf)
- GDP estimate in 2007, CIA
- "Plan d'activité et de financement - La planète des grands singes", PNUE, Unesco, GRASP (sept. 2007)
- Crédit photo: Getty image
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lundi, 22 septembre 2008
Protection de la nature: et si on laissait tomber?
J'ai découvert une nouvelle publicité de l'ONG portugaise "Quercus", qui oeuvre à la protection de la nature (vous pouvez accéder à la page traduite automatiquement en français ici). Après celle de l'ONG néerlandaise Natuur en milieu (qui m'a profondément marquée - visionnez là!), Quercus nous livre un nouveau message fort, avec des images à la fois sombres et vectrices de choc. La publicité a été conçue par l'Agence "Seagulls Fly".
Traduction du slogan : "Si vous laissez tomber, ils laissent tomber. Stoppons le réchauffement climatique."
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vendredi, 15 août 2008
Des éléphants de mer embauchés au CNRS
Pour mieux comprendre la circulation océanique et le processus de formation des eaux froides en Antarctique, des chercheurs du Muséum national d’Histoire naturelle et du CNRS (en collaboration avec des équipes étrangères) ont eu l'idée de fixer des capteurs miniatures sur 58 éléphants de mer entre 2004 et 2005 dans le cadre du projet SEaOS (Southern Elephant Seals as Oceanographic Samplers). Ce dispositif a permis de fournir de précieuses données sur la température et la salinité de l’eau au sud de l’océan Austral qui viennet d'être publiées.
Sans ces animaux, recueillir de telles informations est quasiment impossible: les éléphants de mer peuvent plonger dans les profondeurs (-600m en moyenne, record à -1998m), parfois à la vertical. L'utilisation de balises Argos dernières génération permet de fournir de résultats en temps réel. Les 58 apprentis chercheurs ont ainsi transmis plus de 16 500 profils de température et salinité, dont 4 520 dans la banquise antarctique pendant l’automne et l’hiver austral, période durant laquelle quasiment aucune autre donnée n’est disponible.
Quels sont les enjeux?
Ces eaux froides constituent le moteur de la circulation thermohaline, l’un des régulateurs essentiels du climat mondial constituant un des courants les plus puissants de la planète. De quoi s'agit-il au juste? Il faut se représenter l'océan comme un mille feuille constitué de couches horizontales stables en terme de température et de salinité. Cependant, ces écarts entre strates de densités variables engendrent un processus de circulation verticale permanente et comme la Terre est elle-même en mouvement, ce processus engendre une circulation à grande échelle de l'eau des océans (imaginez que vous injectez une dose d'huile dans un bac de vinaigre en mouvement, l'huile remontera suivant une ondulation sous l'impulsion du bac).
Les données recueillies permettent de mesurer les changements de salinité de l'eau en fonction de la formation de glace et mesurer ainsi la vitesse de formation et l'épaisseur de la banquise. Comprendre les mécanismes régissant les océans est essentiel pour modéliser la formation de la banquise antarctique et mesurer les effets du réchauffement climatique.
Repensez au mille feuille: si le réchauffement fait fondre les glaces de mer, la salinité de certaines strates va être altérée (en plus de températures plus élevées). Les mouvements de circulation verticaux peuvent donc s'en trouver modifiés... Or, les eaux froides forment un des courants les plus puissants et toute modification pourrait avoir des conséquences très graves sur le climat et les écosystèmes.
Enfin, le programme contribue également directement à mieux comprendre les comportements des éléphants de mer, notamment sur les fréquences et profondeurs de plongée, susceptibles de varier en fonction des colonies observées. Les résultats complets sont disponibles directement à l'adresse (en anglais): http://biology.st-andrews.ac.uk/seaos/results_behav.htm
Voir le site officiel du projet: http://biology.st-andrews.ac.uk/seaos/
Lire également le communiqué de presse du CNRS Sciences n°9 d'août 2008.
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mardi, 15 juillet 2008
A la découverte des paysages de France
Connaissez vous les paysages de votre région ou de celle de votre lieu de vacances? Savez-vous qu'il est possible de partir à la découverte des paysages français tout simplement grâce aux nombreux atlas des paysages mis à disposition par les sites gouvernementaux (Ministère, DIREN, Conseils régionaux...) sur internet?
Mais comme notre gouvernance est souvent allergique aux choses simples, il n'existe pas à ma connaissance de site qui répertorierait les liens vers l'ensemble des régions couvertes (et parfois, des départements). Qu'à cela ne tienne, il existe un moyen très simple, une requête dans un moteur de recherche!
Entrez l'expression "atlas des paysages" (conservez les guillements) sur, par exemple,... google (mais alors, vraiment par exemple). Si la torpeur de l'été vous rend un peu paresseux, vous pouvez directement cliquer sur ce lien... Si vous êtes pressés, vous pouvez également entrer directement la région recherchée comme suit (avec les '+' et les guillements): +"atlas des paysages" +"nom de votre région"Vous ne trouverez pas à tous les coups, mais cela fonctionne avec de nombreuses régions.
Voici un échantillon des informations auxquelles vous pourrez accéder:

L'atlas des paysages de la Sarthe: un guide complet téléchargeable de 141 pages (fichier .pdf de 38 Mo). Un conseil, le document étant lourd, évitez d'ouvrir directement le fichier. A la place, mettez votre curseur sur le lien et faites un clic droit puis sélectionnez "enregistrer la cible du lien sous". Cela ira beaucoup plus vite!
Pour les documents complets téléchargeables, citons également l'atlas des paysages de l'Oise (fichier en pdf, 20 Mo).
L'atlas des paysages du Var: interface interactive avec des fiches très lisibles (notamment, des grands schémas).L'atlas des paysages de la région Nord Pas-de-Calais: très beau guide téléchargeable (pdf de 18 Mo) avec un historique de la région, des cartes détaillées, des photos anciennes...
Vous avez déniché des perles? N'hésitez pas à nous les faire partager en commentaire!
Bonne chasse!
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vendredi, 20 juin 2008
Observez des faucons en direct grâce à une webcam
Que diriez vous d'observer une nichée de faucons crécerelles en direct grâce à une webcam? C'est ce que propose le canton de Bâle, en Suisse. Le pays a choisi le faucon crécerelle comme espèce phare de l'année 2008 et dans ce cadre, il fait l'objet d'une intense politique de sensibilisation de la population.
En association avec l'ONG "Birdlife" (dont la LPO - Ligue de Protection des Oiseaux - est la branche française), le canton a mis en place un nichoir sur le haut d'un grand bâtiment (photo à gauche). Une caméra et une lampe à infrarouge permettent au public d'observer 24h sur 24 cette nichée qui comporte 5 oisillons - ce qui est très rare car d'habitude, les faucons ont 2-3 oisillons. Ils ont environ 3 semaines et semblent tous en forme. Or, il faut savoir que bien souvent, un oisillon prend rapidement le dessus sur ses frères et soeurs, ce qui peut malheureusement entraîner la mort de ces derniers. Dans la nature, la sélection est rude et elle commence dès le nid. Espérons que cette nichée survivra totalement.
Pour voir la webcam (dont les photos ci-dessus sont extraites), il suffit de vous rendre à l'adresse suivante: www.turmfalke.ch/live_cam.htm
Pour voir la webcam sans ouvrir systématiquement votre navigateur web, cliquez sur l'adresse du flux en streaming (= procédé de transmission d'images en direct): l'ordinateur va vous demander si vous voulez enregistrer le fichier: cliquer OK pour le sauvegarder. Il vous suffit ensuite de l'ouvrir avec un logiciel de lecture vidéo comme Windows Media Player ou VLC (1)(que je recommande car vous pourrez faire des captures d'écrans très facilement).
Si vous avez un peu de mal en informatique, n'hésitez pas à demander plus d'explication!
(1) Le lien renvoie vers la version portable gratuite de VLC. Par "portable", on entend un logiciel qui tient dans un simple dossier sans nécessiter d'installer des fichiers dans votre système. Très pratique, vous pouvez le conserver sur une clé USB, par exemple, et sa désinstallation est très propre puisqu'il suffit d'effacer le dossier dans lequel vous rangez VLC. Pour info, il existe des centaines d'applications portables qui peuvent vous rendre bien des services!
lundi, 16 juin 2008
Testez votre impact sur les forêts!
Savez-vous que pas moins de 180 kg de papier par habitant et par an sont consommés en France, nécessitant plus de 9 millions de tonnes de bois pour sa production (source : Ademe)? Un employé de bureau jette environ 80 kg de papier par an (source : Ademe) et plus de 400 millions d’euros/an sont dépensés en impressions inutiles dans les entreprises françaises (enquête Ipsos/Lexmark). Diminuer notre consommation de papier participe donc largement au respect de l'environnement. Mais le papier n'est pas le seul à impacter sur les forêts. Les emballages, nos meubles, l'huile de palme (qu'on retrouve dans nombre de produits alimentaires) et bientôt, les agrocarburants sont autant de facteurs additionnels.
Pour vous aider à y voir clair, le WWF-France vient de lancer un site permettant aux consommateurs de mesurer l’impact de leurs achats quotidiens sur la forêt: www.protegelaforet.com
La pression exercée sur les forêts incite à la déforestation de ces dernières: plantations plus rentables, création de routes pour accéder aux bois rares, récoltes illégales... Cette déforestation génère 20% des gaz à effet de serre dans le monde, soit autant que les émissions produites par les transports, entraînant de surcroît la disparition de milliers d'espèces animales et végétales.
Grâce au site du WWF, vous pourrez sélectionner des produits (papier hygiénique, meubles, parquets, biscuits, bijoux...) et consulter leur empreinte écologique avec de nombreuses recommandations pour les limiter.
Et oui, le PQ n'est pas très glamour, mais vous apprendrez que chaque européen en consomme en moyenne 13 kg par an, soit le quart de la production mondiale... Cette consommation augmente de 4% tous les ans alors que 90% des fibres utilisées dans le papier hygiénique proviennent du marché mondial. En clair, une bonne partie du PQ de vos WC provient sans doute de forêts mal gérées ou exploitées illégalement... Pour ceux qui l'ignore, vous pouvez trouver du papier toilette recyclé qui remplit tout aussi bien sa tâche!
Pour les anglophones parmi vous, il existe également une initiative pour la réduction de la consommation de papier, SHRINKPAPER (=réduisez le papier), lancée par la fondation néerlandaise Forest Peoples Programme qui défend le droit des peuples forestiers. Il s'agit de s'engager (=pledge) à accomplir certains gestes (accès direct aux engagements). Le site plaide pour la mise en oeuvre d'un réseau européen - espérons qu'il sera bientôt traduit dans d'autres langues!
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lundi, 09 juin 2008
Agrocarburants: 5mn pour comprendre les enjeux
Conformément aux objectifs fixés par l’Union Européenne (Directive 2003/30/CE), 5,75% d’agrocarburants devront être incorporés dans l'essence et le gazole d’ici 2010… et 7% en France.
Pour rappel, un agrocarburant (ou biocarburant… qui n’a pas grand chose de "bio") est issu de végétaux et les sources sont variées : céréales (blé, colza, maïs), canne à sucre, betterave, voire plus récemment des algues et même, des champignons (lire ci-après).
Si l’on parle tant des agrocarburants, c’est qu’ils forment une alternative aux carburants classiques avec un avantage économique certain face à un or noir en passe de se transformer en diamant noir. Toutefois, le débat fait rage sur leur réel avantage énergétique et environnemental: longtemps plébiscités comme une solution permettant de réduire les émissions de CO2, leur intérêt est de plus en plus questionné.
Quels sont les enjeux ?
Plusieurs facteurs sont en ligne de mire :
Risque de déforestation, lié aux besoins de dégager des surfaces de cultures : c’est une menace directe sur la biodiversité, entraînant de surcroît une dégradation des sols et du climat (déforestation = émissions massives de CO2).
L'Indonésie détient ainsi le triste record de taux de déforestation dans la période allant de 2000 à 2005, ayant déjà perdu 72 % de ses anciennes forêts pour répondre à la demande internationale de bois, de papier, d'huile de palme et, à présent, d’agrocarburants. Les Nations-Unis estiment qu'en 2022, 98 % des forêts indonésiennes auront disparu. 1ère victimes : les Orangs-outans, dont l’effectif de ceux de Sumatra a chuté de 91% en un siècle. Ils deviennent ainsi une des espèces les plus menacées d’extinction à l’heure actuelle.
Cet impact dramatique a été largement mis en avant par plusieurs études dont, entre autre, celle d’une équipe britannique de l’Université de Leeds, indiquant que la quantité de CO2 séquestrée par les forêts sur 30 ans excède largement la quantité d’émissions évitées par l’utilisation de biocarburants. Il est donc bien plus avantageux de conserver les forêts que de les détruire en vu de la production de ces derniers.
Destruction des écosystèmes: non seulement les forêts (et la biodiversité qu’elles abritent) sont menacées, mais les écosystèmes marins sont également touchés. Récemment, des scientifiques canadiens tiraient la sonnette d’alarme car les engrais azotés nécessaires à la production croissante d'éthanol à partir du maïs aux États-Unis menacent le golfe du Mexique. Ceux-ci se retrouvent dans l’eau et favorisent le développement d’algues (processus d’eutrophisation), étouffant la vie en dessous. Or, si les États-Unis poursuivent leurs objectifs de développement de l’éthanol, la pollution azotée augmentera de 34 %...
Dégradation des sols: plusieurs études récentes, dont celle mandatée par les offices fédéraux de l'énergie, de l'environnement et de l'agriculture suisses, indiquent que la culture et la transformation des agrocarburants nécessitent l’apport de produits chimiques s’ajoutant à la dégradation des sols et de la qualité de l’eau. Au final, le bilan énergétique est moyen (réduction au maximum de 30% les émissions de gaz à effet de serre) avec des pressions environnementales accrues (biodiversité, fertilisation intensive…)
La consommation d’eau n’est pas en reste. Des chercheurs du groupe international de recherche sur l’agriculture (CGIAR) basé au Sri Lanka ont montré qu’au Brésil, il faut 90 litres d’eau pour la production d’un litre d’éthanol (issu de la canne à sucre), 400 litres aux Etats-Unis (produit à partir de maïs), 2.400 litres en Chine (maïs) et… 3500 litres en Inde (canne à sucre). Quand on sait que la Chine veut multiplier sa production par quatre d’ici 2020, elle devra augmenter sa production de maïs de 26% - une vraie catastrophe !
Impact économique: les prix de certaines denrées en concurrence directe comme le maïs ont vu leur prix croître et sont l’objet à présent de spéculations sans précédent. L’OCDE prévoit une augmentation des prix alimentaires allant de 20 à 50% pour les 10 années à venir. En effet, la concurrence s’annonce rude. Les récoltes céréalières de 2007 ont été catastrophiques et les années à venir ne présagent rien de bon. L’année 2008 pour le blé risque d’être à son plus bas niveau depuis 25 ans et la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture) prévoit que les stocks demeureront à ces niveaux dans un futur proche. Une demande de plus en plus forte combinée à des catastrophes climatiques toujours plus nombreuses expliquent en grande partie ce phénomène. Or, les filières éthanol reçoivent de surcroît des aides hallucinantes. Ainsi, il est estimé que les Etats-Unis, à eux seuls, dépensent 5 milliards d’euros par an pour aider la filière éthanol !!!
Biocarburants de seconde génération : quelles améliorations ?
Ces impacts peuvent toutefois être limités en prenant un certain nombre de mesures, comme celle de stopper la déforestation, limiter les brûlis au profit du défrichage (notamment dans les zones tropicales) ou celle de privilégier la valorisation des déchets, de l'herbe, de la paille et du bois dans nos pays tempérés. C’est l’utilisation de ce type de biomasse, complémentaires aux activités agricoles préexistantes, qui vaut l’appellation "biocarburant de seconde génération" – considérés de ce fait comme plus efficaces.
Aujourd’hui, les sources de production les plus prometteuses d’agrocarburant sont les micro-algues qui font l’objet de recherches intensives depuis quelques années. Ainsi, quand un hectare de maïs fournit 168 m3 de carburant par an, le palme en fournit entre 6540 et 7476 m3 et les algues 187.000 m3. On peut citer notamment le projet Shamash en France, démarré fin 2006. Au moins 15 start-up américaines travaillent également sur les algues (voir la liste).
Un autre prétendant dont le génome vient d'être décodé est le champignon Trichoderma reesei, qui dégrade les végétaux en sucres simples, pouvant être ensuite transformés en éthanol après fermentation.
Citons enfin le Jatropha, une plante originaire d'Amérique latine poussant sur des terres semi-arides (elle n’entre donc pas en compétition avec des cultures alimentaires - enfin... normalement). Il existe de plus en plus de pays producteurs : Inde, Philippines, Indonésie, Afrique du Sud, Burkina Faso, Mali, Ghana, Malawi, Zambie et dernièrement Madagascar – où la société D1 a commencé sa culture fin 2006 (voir la brochure en pdf).
Dans l’hypothèse d’une transformation efficace et écologique de la biomasse en énergie en quantité suffisante, sans coût prohibitif ni pour le carburant ni pour les denrées alimentaires - parallèlement à une réduction des consommations énergétiques, les agrocarburants peuvent avoir un rôle significatif dans l’approvisionnement futur en énergie.
Mais comme tout cela fait beaucoup d'hypothèses à combiner, ne soyons pas naïfs, les agrocarburants ne resteront qu’un palliatif tant que nous ne comprendrons pas la nécessité de réduire drastiquement nos niveaux de consommation.
Sources :
- "Une étude suisse démontre que tous les agrocarburants ne sont pas respectueux de l'environnement", Actu-Environnement (29 mai 2007)
- "Indonesia deforestation fastest in world: Greenpeace", Reuters (3 mai 2007)
- "Les orangs-outans menacés par la déforestation en Indonésie", Cyberpresse (11 juin 2007)
- Directive 2003/30/CE du 8 mai 2003 visant à promouvoir l'utilisation de biocarburants ou autres carburants renouvelables dans les transports (document pdf)
- "EU biofuel policy is a mistake", BBC (17 août 2007)
- "Les stocks de céréales à leur plus bas niveau depuis 25 ans", Notre-planète.info (9 oct. 2007)
- " La production d’essence verte périlleuse pour l’Inde et la Chine", Sciences & Avenir (11 oct. 2007)
- "After 30 years, algae-to-fuel finally gets the green light", Greenfuels forecast (mars 2008)
- "Bientôt des champignons génétiquement modifiés pour produire des agrocarburants ?", actu-environnement (16 mai 2008)
- "Ethanol de maïs : spéculation et famine !", Les Amis de la Terre (11 sept. 2007)
- "La production d’éthanol à partir du maïs menace le Golfe du Mexique", Le Devoir (10 mars 2008)
- Crédit photoOrang-outan: Veronique di Meo
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